Intervention de Latarjet
Chirurgie de l'épaule
Indication
Dans certains cas d'instabilité chronique de l'épaule, il est préférable de proposer une intervention qui ne répare pas les lésions, mais qui va faire appel à un transfert d'une partie d'un os et d'un volumineux tendon. Il s'agit de l'intervention de Latarjet, également appelée butée coracoïdienne.
Elle est privilégiée lorsque le rebord antérieur de la glène s'est érodé au fil des luxations, situation dans laquelle une simple réinsertion du bourrelet exposerait à un taux de récidive élevé.
Elle est également retenue en cas d'hyperlaxité constitutionnelle, d'échec d'une précédente stabilisation, ou chez les patients pratiquant un sport de contact ou une activité professionnelle très exposée.
Le bilan préopératoire, en particulier le profil de Bernageau et le scanner avec reconstruction, sert précisément à mesurer la perte osseuse et à trancher entre réparation et butée.
Préparation à l'intervention
La butée est une chirurgie de stabilisation osseuse : la planification préopératoire y tient une place importante.
- Analyse de l'histoire de l'instabilité, du nombre d'épisodes et des circonstances de survenue
- Relecture du profil de Bernageau et du scanner, avec mesure de la perte osseuse glénoïdienne
- Explication comparée des deux options, réinsertion de Bankart ou butée, et remise du consentement éclairé
- Consultation d'anesthésie obligatoire avant l'intervention
- Anesthésie générale, éventuellement complétée par un bloc interscalénique pour les suites antalgiques
- Bilan sanguin préopératoire standard
- Arrêt du tabac recommandé, la consolidation osseuse du greffon en dépendant directement
- Arrêt des anti-inflammatoires et des anticoagulants selon les consignes de l'anesthésiste
- Douche antiseptique la veille et le matin de l'intervention
- Commande de l'attelle d'immobilisation
- Prise de rendez-vous chez le kinésithérapeute
- Anticipation de l'arrêt de travail, plus long que pour une arthroscopie simple
Déroulement de l'intervention
L'intervention consiste à transférer une partie de l'omoplate appelée apophyse coracoïde, et sur laquelle s'insère un tendon nommé tendon conjoint. Cette apophyse coracoïde est transférée sur la face antérieure de la glène.
- Abord de la face antérieure de l'épaule
- Repérage puis prélèvement de l'apophyse coracoïde, en conservant le tendon conjoint qui s'y insère
- Préparation du greffon osseux aux dimensions du défect à combler
- Passage à travers le muscle sous-scapulaire pour accéder au rebord antérieur de la glène
- Avivage de la zone receveuse afin de favoriser la consolidation osseuse du greffon
- Positionnement du greffon sur la face antérieure de la glène, affleurant la surface articulaire
- Fixation par vis, en contrôlant que le greffon ne déborde pas dans l'articulation
- Vérification de la stabilité et des amplitudes en fin d'intervention
- Le transfert augmente le diamètre de la glène, restaurant une surface d'appui suffisante
- Il entraîne un effet bretelle du tendon conjoint, qui repousse la tête humérale en arrière et l'empêche de se luxer
60 à 90 minutes
Anesthésie générale, souvent complétée par un bloc interscalénique
Ambulatoire ou une nuit d'hospitalisation selon les cas
Résultats et suites
L'intervention de Latarjet est reconnue pour son efficacité sur la stabilité : elle apporte un taux de récidive bas, y compris chez les sportifs de contact et en cas de perte osseuse.
La consolidation du greffon sur la glène est l'élément déterminant du résultat à long terme. Elle est suivie par des contrôles radiographiques réguliers dans les mois qui suivent l'intervention.
Comme toute intervention chirurgicale, la butée expose à des complications, notamment infectieuses, ainsi qu'à des difficultés propres au greffon et à sa fixation. Ces points sont détaillés en consultation et repris dans le document de consentement éclairé.
- Immobilisation par attelle pendant environ trois à quatre semaines
- Mobilisation passive débutée précocement pour éviter la raideur
- Récupération de la rotation externe travaillée progressivement, sans forcer
- Renforcement musculaire différé, après contrôle de la consolidation du greffon
- Reprise de la conduite automobile après la période d'immobilisation, selon la douleur
- Reprise des sports de contact seulement après consolidation confirmée, appréciée en consultation
Questions fréquentes
- Pourquoi ne pas simplement réparer les lésions ?
- Parce que dans certains cas, il est préférable de proposer une intervention qui ne répare pas les lésions mais fait appel à un transfert osseux et tendineux. Lorsque le rebord de la glène s'est érodé, une réparation isolée du bourrelet ne restaure pas la butée osseuse manquante et le risque de récidive reste élevé.
- Comment la butée empêche-t-elle la luxation ?
- Par deux mécanismes complémentaires. Le transfert de l'apophyse coracoïde augmente le diamètre de la glène. Il entraîne en outre un effet bretelle du tendon conjoint, qui repousse la tête humérale en arrière et l'empêche de se luxer.
- L'intervention se fait-elle sous arthroscopie ?
- La butée est classiquement réalisée par un abord antérieur de l'épaule, qui donne un contrôle direct du positionnement et de la fixation du greffon. La technique retenue pour votre situation vous est expliquée en consultation.
- Pourrai-je reprendre le rugby ou le judo ?
- L'intervention de Latarjet est précisément celle qui est privilégiée chez les patients pratiquant un sport de contact, en raison de son faible taux de récidive. La reprise n'intervient toutefois qu'après consolidation confirmée du greffon, appréciée sur les contrôles radiographiques.
Un examen clinique reste indispensable pour poser un diagnostic et vous proposer une prise en charge adaptée.
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